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Sheïma BEN ABBES: "Je découvre un monde, cette partie cachée de notre France"

Sheïma Ben Abbes est volontaire en service civique à l'aset93. Elle raconte son expérience auprès des enfants des bidonvilles de Seine-Saint-Denis.

 

 

Premières impressions

 

Je suis volontaire en service civique à l’ASET93 depuis fin décembre 2016. J’ai commencé ma mission au bidonville de Saint-Denis avenue Stalingrad. Les premiers jours j’ai pu passer un peu de temps dans les camions école, découvrir la réalité des bidonvilles vus de l’intérieur, créer un premier contact avec les familles dans lesquelles j’ai été chaleureusement accueillie autant par les parents que par les enfants. Je suis arrivée avec mes préjugés et mes questionnements : le discours des gens vis à vis des Roms est très dur et à côté de la réalité : « les Roms sont soi-disant des personnes qui profitent de la générosité des Français » car en réalité ils sont « riches », « ils ont des maisons et un mode de vie luxueux en Roumanie » me disent-ils, « ce sont des escrocs, des voleurs, des menteurs, des indignes, ils ont choisi ce mode de vie et ne veulent pas s’en sortir ». Tant de contradictions …

 

Malheureusement, ces propos reflètent la haine de notre société qui s’acharne contre cette population sans impunité ni culpabilité.

 

La première chose à laquelle j’ai pensé quand je suis entrée dans ce bidonville boueux, dans ces baraques hébergeant des familles de 8 personnes qui ne font même pas la taille de ma chambre, c’est que ces propos étaient d’une absurdité incroyable : ON NE CHOISIT PAS DE VIVRE DANS LA MISÈRE, il n’y a pas besoin d’être savant pour arriver à cette conclusion.

 

Il ne faut surtout pas se contenter d’avaler les mensonges des gens, même s’il sont relayés par une majorité, surtout quand ceux-ci peuvent avoir un impact considérable sur des vies humaines (oui ont parle bien d’êtres humains ne l’oublions pas). S’informer et communiquer est le seul moyen d’avoir une vision objective de la situation et de combattre la haine et les préjugés

 

 Jeudi 5 Janvier 2017 

​Je sors du métro 13 à Saint-Denis pour me rendre dans les camions école. En sortant de la gare j’aperçois un camion de CRS, puis deux puis trois, une quinzaine jusqu’au bidonville. J’arrive sur place, j’aperçois les familles éparpillées autour du terrain, le visage des parents inquiet, et les enfants insouciants qui jouent sans savoir où est-ce qu’ils vont passer la nuit.

 

C’est ça la dure réalité de la situation des Roms en France. Ils arrivent de Roumanie avec l’espoir de s’en sortir, même si c’est difficile de croire que la situation peut être pire qu’ici mais il s’avère que oui : mes collègues qui se sont rendus là-bas, ont bien vu que le racisme et les discriminations des Roumains envers les Rom sont beaucoup plus directs et institutionnalisés qu’ici, même si en France la situation est également catastrophique. Nous sommes censés être « le Pays des droits de l’Homme », et les droits des Roms (étant Européens) sont censés leur permettre, en théorie, de pouvoir travailler, être logés et avoir accès à l’éducation. Mais la réalité est tout autre : on ne leur donne pas accès à des logement sociaux, et quand les familles trouvent refuge dans des bidonvilles on les expulse violemment sans leurs proposer de solutions alternatives.

 

Concernant l’éducation - notre principal domaine d’action - il est scandaleux de voir la manière dont les institutions (les mairies tout particulièrement) créent des obstacles  - illégaux, je précise - pour bloquer l’accès à l’école des enfants des bidonvilles.

  

Je vous avoue que vivre la misère de cette population de près m'a mis une grande claque.

 

On est prêt à tout pour permettre à ces familles de s'en sortir, ce n'est pas la volonté qui manque, mais c'est vrai que c'est vraiment difficile d'être optimiste quand on se rend compte de tous les  obstacles à surmonter pour nous permettre d'avoir un réel impact dans la vie de ces enfants et de leurs familles. Pour assurer la réussite scolaire il faut une stabilité, un logement et des revenus ; pour avoir un logement il faut des revenus et inversement pour avoir des revenus il faut pouvoir avoir les bagages pour accéder à une formation et à un emploi ... UN VRAI CASSE-TÊTE !

 

Moi je découvre un monde, cette partie cachée de notre France. 

 

Je suis un poussin dans ce combat, mes collègues mènent ce combat depuis des années et face à la pression des institutions, qui est de plus en plus intense, mener ce combat est de plus en plus difficile.

 

Je me dis que vouloir sortir tout le monde de cette misère est une utopie, l’important est de garder l’espoir quoi qu’il arrive que tout est possible et que ce n’est pas le chiffre qui compte : pouvoir changer la destinée d’une personne ça n’a déjà pas de prix. Notre objectif est donc de permettre à ces gamins d'avoir un accompagnement jusqu'à ce qu'ils puissent avoir les outils pour surmonter les difficultés de la vie. C’est un combat que tout le monde peut mener et je dirais même que tout le monde devrait mener, le plus grand défi aujourd’hui est de changer les mentalités non seulement vis-à-vis des Roms mais de toutes les autres populations discriminées et humiliées.

 

Sheïma BEN ABBES

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